Alfred « Fredy » Giraudy.
Le fil invisible des ondes.
1914 — 1998.
Figure 1 Alfred « Fredy » Giraudy — Nice, 1939
Ingénieur · Opérateur radio · Combattant
F.F.I. · Père
Prologue
Il y a, dans
certaines existences, un fil qui traverse les décennies sans jamais se rompre —
celui d'une passion, d'une compétence, d'un choix fait jeune et qui revient,
quand l'heure décisive sonne, prendre toute sa dimension. Pour Alfred Giraudy,
dit Fredy, ce fil fut celui des ondes. Des points. Des traits. Du silence entre
les signaux.
Né à Nice le 27
août 1914, il grandit dans une ville de lumière méditerranéenne, dans une
famille hôtelière qui lui enseigne le sens du service et de la discrétion. Il
mourra dans cette même ville le 8 avril 1998, à l'âge de quatre-vingt-trois
ans, après avoir traversé la plus grande tempête du siècle. Entre ces deux
dates : un parcours discret, courageux, technique — et profondément humain.
Ces pages tentent
de reconstituer ce parcours à partir des documents conservés — certificats
militaires, fiches d'hôpital, attestations de résistance, ordres de mission —
et des photographies qui en révèlent le visage.
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I. Nice, 1914 — Un fils de la Méditerranée
La semaine même
où naît Alfred, en ce mois d'août 1914, la France entre en guerre. Une
coïncidence que nul ne remarque alors, mais que l'histoire retiendra : cet
enfant portera, comme toute sa génération, le double poids de deux conflits
mondiaux.
Fredy dit F3EG.
Son père, Auguste
Alfred Paul Giraudy, est hôtelier — homme pratique, enraciné dans le quotidien
niçois à travers de nombreux mandats comme adjoint à la mairie de Nice. Sa
mère, Claire Martha Klara Longoni, apporte dans la famille une sensibilité
d'Europe centrale. Elle était Suisse. Alfred a deux frères aînés : Arthur, né
en 1909, et Auguste, né en 1911. La famille est active, tournée vers les
autres, ancrée dans une ville de passage recevant de nombreux touristes.
Nice en ces
années-là est une ville cosmopolite, de rencontres et de savoir-faire. Les
hôtels y accueillent l'aristocratie européenne, les voyageurs du monde entier.
Grandir dans cet univers, c'est apprendre très tôt que le monde est vaste, que
les langues se croisent, que la communication est une forme d'intelligence.
L'hôtel de mes grand-parents.
Alfred retient la
leçon. Mais il va plus loin : il s'intéresse aux ondes qui traversent l'air
sans qu'on les voie. Parallèlement il apprend l’allemand et l’anglais.
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Arthur
Giraudy — Le frère américain (1909–2009) |
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Si Alfred
mena sa guerre dans les Hautes-Alpes, son frère aîné Arthur (né le 11 octobre
1909 à Nice) la mena depuis les États-Unis. Ancien élève de l'École Hôtelière
de Lausanne et employé de l'Hôtel O'Connor à Nice, Arthur quitte la France en
1938 pour s'établir aux États-Unis. Engagé le 13 janvier 1943, il est
naturalisé américain et incorporé dans l'armée des États-Unis (matricule U.S.
Army). |
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Gens
pratiques, les Américains reconnaissent ses compétences hôtelières : il est
nommé sergent de mess et affecté au service d'un état-major. Il débarque en
Afrique du Nord, puis en Italie. Le 15 août 1944, alors que son frère Alfred
s'engage dans les F.F.I. des Hautes-Alpes, Arthur Giraudy participe lui
aussi, en uniforme américain, au débarquement de Provence — baptisé «
Opération Dragoon ». Les deux frères Giraudy combattent ainsi simultanément
pour la libération de la France, l'un depuis les maquis alpins, l'autre
depuis les plages de la Côte des Maures. |
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Arthur
épousera Carol Miller en 1947 à Montclair (New Jersey) et terminera sa vie
dans le New Jersey, à Paramus. Il s'éteint le 2 janvier 2009 à l'âge de 99
ans. Deux vies parallèles, deux uniformes différents, une seule cause. |
Figure 2 Arthur Giraudy en uniforme
américain — Studio Marco, Nice
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II. 1933 — L'apprenti radio
Il a dix-neuf ans
lorsqu'il se présente aux épreuves de l'Administration des Postes et
Télégraphes de la République française. Il réside alors à l'Hôtel O'Connor, rue
du Congrès à Nice.
Le 6 décembre
1933, le Directeur du Service de la Radiodiffusion lui remet, à Paris, un
Certificat d'Opérateur Radiotélégraphiste et Radiotéléphoniste. Ce document,
austère dans sa forme administrative, est en réalité une déclaration d'aptitude
rare pour un homme de son âge.
Alfred
Giraudy a subi avec succès les épreuves prévues pour la manœuvre d'un poste
privé radio émetteur de 5e catégorie.
— Certificat d'opérateur, Administration
des Postes et Télégraphes, Paris, 6 décembre 1933
Alfred Giraudy sait transmettre et recevoir les signaux Morse. Il maîtrise la radiotéléphonie. Il connaît la manœuvre et le réglage des appareils. En 1933, peu de jeunes gens de dix-neuf ans détiennent ce savoir. La radio est encore une technologie nouvelle, presque mystérieuse. Ce certificat de 5e catégorie n'est pas seulement une qualification : il est la marque d'un tempérament.
Figure 3 Certificat d'Opérateur Radiotélégraphiste et Radiotéléphoniste
Paris, 6 décembre 1933
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III. 1938 — L'ingénieur de l'École Breguet
Cinq ans après
son certificat radio, Alfred obtient son diplôme d'ingénieur de l'École
Breguet, à Paris. Promotion 1938. Numéro de carte : 1756.
L'École Breguet —
du nom du grand constructeur aéronautique — forme des ingénieurs techniciens
rigoureux, ancrés dans la pratique autant que dans la théorie. Alfred Giraudy
s'inscrit dans cette lignée de techniciens polyvalents.
En 1938,
pourtant, l'Europe vacille. Munich. L'Anschluss. Les capitales sentent venir la
tempête que les discours officiels tentent encore de conjurer. Le jeune
ingénieur niçois, formé dans la capitale, sait que son diplôme ne lui suffira
peut-être pas à tenir l'orage à distance. Il rentre à Nice. Il attend.
✦
IV. 1939 — L'uniforme
La mobilisation
générale. Alfred Giraudy avait été exempté du service militaire en 1935. Mais
le 21 novembre 1939, la commission de réforme de Paris le reclasse : apte au
service armé.
Le 1er décembre
1939, il rejoint son unité — le 8e régiment du Génie. Ses services comptent
officiellement à partir du 15 novembre. Il est désormais soldat, ingénieur en
uniforme, homme parmi des hommes qui attendent.
Les photographies
de cette période témoignent : jeunes hommes en tenue militaire posant devant
des motos, des camions, des bâtiments de garnison. Le regard est grave mais
complice. La fraternité des armes naît vite, dans l'attente, dans les
chambrées, dans les exercices répétés.
Il est nommé
brigadier le 16 avril 1940. Le titre est modeste. Le moment, lui, est
historique : la France entre dans la phase décisive de la bataille perdue.
Figure 4 Extrait des services militaires
Bureau Central d'Archives Administratives Militaires, Pau, 1979
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V. 8 juin 1940 — La blessure
Les armées
allemandes ont percé les lignes alliées depuis le 10 mai. En quelques semaines,
la campagne de France s'est transformée en déroute. Les unités françaises se
replient en désordre. Le 8e régiment du Génie est engagé dans cette retraite
chaotique.
Le 8 juin 1940, Alfred Giraudy est blessé.
La fiche de
l'Hôpital complémentaire Saint-Jean-de-Béthune, à Versailles, est sobre,
clinique, précise :
Plaie
pénétrante par éclat d'obus — jambe gauche, tiers supérieur, face externe.
Opéré à Pontoise.
— Fiche d'hôpital, Hôpital
complémentaire Saint-Jean-de-Béthune, Versailles, 8 juin 1940
Il a été opéré à
Pontoise, dans l'urgence, avant d'être transféré à Versailles. La radiographie
ne révèle ni éclat d'obus résiduel ni lésion osseuse — une chance immense. Le
chirurgien procède à un débridement soigneux de la plaie.
Il survivra. Dans
ce lit d'hôpital numéro deux, salle numéro un, Alfred Giraudy est l'image
exacte de la France de juin 1940 : blessée, mais vivante. Meurtrie, mais pas
brisée. Le 22 juin, l'armistice est signé. Le 23 juillet, il est démobilisé.
Il rentre à Nice.
Figure 5 Fiche d'hôpital — Hôpital complémentaire Saint-Jean-de-Béthune,
Versailles — 8 juin 1940
✦
VI. Les années de l'ombre (1940–1944)
Quatre ans.
Quatre années dont les archives gardent peu de traces directes pour Alfred
Giraudy.
Il m’avait
indiqué avoir eu des activités à la TSF d’Antibes, puis à l’hôtel de ses
parents.
Nice, après
l'armistice, entre dans une zone particulière : d'abord sous autorité italienne
— l'Italie étant alliée de l'Allemagne — puis, après la capitulation italienne
de septembre 1943, sous occupation allemande directe. La Riviera, ville des
plaisirs et des palaces, devient un territoire de surveillance, de délations et
de passages clandestins vers la Suisse ou l'Espagne.
Alfred travaille.
Sans doute comme ingénieur, dans un contexte économique contraint. Les
documents ne parlent pas de cette période intermédiaire. Ce silence est
peut-être lui-même un témoignage. Dans la France occupée, ne pas laisser de
traces était une forme de sagesse — et parfois de survie.
Ce qui est
certain : Alfred Giraudy n'oublie pas. Son certificat radio de 1933 dort dans
un tiroir, mais le morse, une fois appris, ne s'oublie pas. Les points et les
traits habitent la mémoire comme une seconde langue maternelle.
✦
VII. 1er août 1944 — L'engagement dans les
montagnes
L'été 1944 change
tout. Le 6 juin, les Alliés débarquent en Normandie. Le 15 août, l'Opération
Dragoon ouvre un second front : les troupes alliées débarquent en Provence,
entre Toulon et Cannes. Les forces allemandes stationnées dans le Sud-Est
amorcent leur repli vers le nord et vers l'Italie.
Dans ce mouvement
général, les Forces françaises de l'intérieur des Hautes-Alpes intensifient
leurs opérations. Le département montagneux, que traverse la vallée de la
Durance — artère vitale reliant la Provence aux Alpes — devient un axe
stratégique majeur.
Alfred Giraudy se
trouve dans les Hautes-Alpes le 1er août 1944. Le Certificat de Membre F.F.I.,
délivré par la Commission départementale siégeant à Gap et signé par le
Commandant Moreaud, chef départemental des F.F.I., atteste sans ambiguïté :
Monsieur
Giraudy Alfred a servi volontairement du 1er Août 1944, avec honneur dans les
Forces françaises de l'intérieur, en qualité de Combattant.
— Certificat de Membre F.F.I.,
Commission départementale des Hautes-Alpes, Gap — signé Commandant Moreaud
La mention «
Combattant » est précise. Elle distingue la participation active des simples
soutiens logistiques ou civils. Alfred Giraudy est sur le terrain, dans les
opérations.
Et son arme,
c'est le morse.
Figure 6 Certificat de Membre F.F.I.
Forces Françaises de l'Intérieur, Département des Hautes-Alpes 1er Août 1944
|
L'Opération
Dragoon — Le second débarquement (15 août 1944) |
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Dans la
nuit du 14 au 15 août 1944, les forces alliées débarquent sur la Côte des
Maures, en Méditerranée. L'opération Dragoon — initialement baptisée « Anvil
» (enclume) pour sa complémentarité avec le débarquement de Normandie (le «
marteau ») — mobilise environ 450 000 soldats américains, français, canadiens
et britanniques. |
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Le 15
août, parachutistes anglais et américains atterrissent près de Draguignan. Le
lendemain, les forces françaises du général de Lattre de Tassigny débarquent
à leur tour avec pour mission de libérer Toulon et Marseille. Il s'agit du
troisième débarquement allié sur sol européen, après la Sicile (été 1943) et
la Normandie (6 juin 1944). |
|
L'impact
stratégique est immédiat : les forces allemandes du Groupe d'armées G
(commandées par le général Blaskowitz) doivent organiser un repli d'urgence
vers le nord. Elles empruntent les axes de la vallée du Rhône, mais aussi
ceux des Alpes, dont la vallée de la Durance. Ces colonnes en retraite
traversent les Hautes-Alpes sous les coups répétés des F.F.I. locaux. C'est
dans ce contexte que l'engagement d'Alfred Giraudy prend toute sa dimension
opérationnelle. |
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Bilan de l'opération Dragoon : la Provence est libérée en moins de deux
semaines. Toulon tombe le 26 août, Marseille le 28 août 1944 — avec trois
semaines d'avance sur le calendrier allié. |
Figure 7 La libération de Gap Août
1944
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VIII. Le château de Ventavon — La guerre
des ondes
Au-dessus de la
vallée de la Durance, entre Sisteron et Gap, se dresse le château de Ventavon —
silhouette médiévale dominant les routes stratégiques que les colonnes
allemandes empruntent pour leur repli vers le nord.
Ce site offre des
avantages précieux pour un opérateur radio clandestin : l'altitude favorise la
propagation des ondes ; l'isolement relatif limite les risques de détection ;
les chemins secondaires permettent un accès discret ; la vue sur la vallée autorise
l'observation directe des mouvements ennemis.
On peut imaginer
Alfred Giraudy — ingénieur de formation, opérateur qualifié depuis 1933 —
penché sur son manipulateur Morse dans l'une des pièces du château ou de ses
dépendances. Casque sur les oreilles. Doigts sur la clé. Concentration absolue.
Quand j’étais enfant il continuait à pratiquer le morse, ce son familier a
bercé ma jeunesse (ti-ti-ti ta).
Le morse, fait de
points et de traits, devient alors une arme silencieuse. Un message bref peut
sauver une embuscade. Une erreur peut provoquer une arrestation.
Figure 8 Le château de Ventavon
dominant la vallée de la Durance
|
Les
opérateurs radio dans la Résistance française — Un rôle stratégique vital |
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Dans les
réseaux de la Résistance intérieure comme dans les réseaux de renseignement
liés au Special Operations Executive (SOE) britannique ou à l'Office of
Strategic Services (OSS) américain, les opérateurs radio — surnommés « les
pianistes » — occupaient un rôle sans équivalent. Ils étaient le nerf du
système. |
|
Leur
maîtrise du morse leur permettait de transmettre et de recevoir des messages
codés à des vitesses qui défiaient tout interlocuteur non entraîné. Un
opérateur expérimenté atteignait 20 à 25 mots-minute, soit environ 100 à 125
caractères-minute. Mais cette rapidité était une nécessité absolue, non un
exploit : les équipes de radiogoniométrie allemandes (Funkabwehr) étaient
capables de trianguler la source d'une émission en 20 à 30 minutes.
L'opérateur devait transmettre, démonter son matériel et quitter les lieux
avant la fermeture du filet. |
|
Les messages transmis concernaient : la localisation des unités ennemies, les
demandes de parachutages d'armes et de matériel (opérations comme « Jedburgh
» ou liaisons avec l'armée de l'air alliée), la coordination entre groupes
F.F.I. dispersés dans des territoires montagneux, et les liaisons avec les
unités alliées progressant depuis le sud. |
|
La
station radio de Ventavon s'inscrivait dans ce réseau de communications
clandestines qui couvrait l'ensemble du secteur R2 (Marseille –
Hautes-Alpes). Chaque émission était un risque calculé. Le silence radio
était parfois aussi précieux que le message lui-même. |
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Les « pianistes » payèrent un lourd tribut : une proportion
significative fut arrêtée, déportée ou exécutée. Ceux qui survécurent ne
parlaient guère de leurs exploits — Alfred Giraudy n'y fit jamais exception. |
Le signataire de sa carte de FFI de Fredy, j’e l’ai enfin
trouvé sur des archives à propos de GAP et de ses valeureux résistants.
|
Le
Commandant Moreaud (Commandant Dumas) — Chef des F.F.I. des Hautes-Alpes |
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Étienne Moreaud (1913–1987) est la figure centrale de la Résistance haut-alpine.
Intégré aux réseaux F.F.I. du secteur R2 (Hautes-Alpes – Marseille), il est
le collaborateur proche de Paul Héraud (Commandant Dumont), figure tutélaire
de la Résistance locale. |
|
Le 8 août
1944, il participe à la réunion stratégique secrète entre La Bâtie-Neuve et
La Rochette, aux côtés du colonel Cammaerts (mission interalliée), du
commandant Dufour (F.T.P.) et d'Edmond Pascal (Comité Départemental de
Libération). Le plan de libération de Gap y est adopté. |
|
Le 9
août, Paul Héraud est abattu près du Logis-Neuf de Tallard. Avant de partir,
il confie à Mme Moreaud : |
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« Dites à Étienne de maintenir tout le plan quoi qu'il arrive. » |
|
Moreaud
devient alors chef départemental des F.F.I. des Hautes-Alpes. C'est lui qui
signe le certificat d'Alfred Giraudy. Entre le 17 et le 20 août, il orchestre
l'encerclement de Gap (garnison allemande de 750 hommes), pose un ultimatum,
fait sauter les ponts pour empêcher les renforts ennemis venant de Briançon,
et coordonne l'assaut final avec les unités américaines. |
|
Le 20
août 1944 à 19h, les Allemands se rendent : 750 prisonniers dont 40
officiers. Le maire Pierre Bernard-Reymond résumera : |
|
« La libération fut préparée par le
Commandant Dumont et exécutée par le Commandant Moreaud. » |
Alfred
Giraudy a été l'un des maillons invisibles mais indispensables qui ont permis
au Commandant Moreaud d'exécuter avec succès le plan de libération de
Gap, en transformant les informations techniques en actions militaires
concrètes.
Le rôle de la
mission interalliée, dirigée par le colonel Cammaerts (nom de code «
Roger »), était d'assurer la coordination stratégique et militaire entre la
Résistance intérieure française (notamment les F.F.I. des Hautes-Alpes) et le
commandement suprême des forces alliées.
Le mystérieux Écossais n'est pas
explicitement nommé par son patronyme dans les extraits fournis, mais les
sources révèlent des éléments clés sur son identité et son lien avec les
missions d'Alfred Giraudy :
- Une découverte
récente : C'est le fils d'Alfred, Pierre Erol Giraudy, qui mentionne
avoir découvert ce « nom écossais » tardivement (en 2026), grâce à
l'IA et à la numérisation de documents historiques. Ce nom est lié aux
contacts qu'Alfred entretenait avec les « Anglais » (les services
secrets britanniques).
- Le lien avec le
SOE : Les sources précisent que les opérateurs radio comme Alfred,
surnommés les « pianistes », étaient le nerf du système pour les
réseaux de renseignement liés au Special Operations Executive (SOE)
britannique. Ces réseaux utilisaient des agents alliés pour coordonner les
actions de la Résistance. Voir VENTAVON INFO
N° 63 - Juillet 2025 - Juillet 2025 | 27.
- La Mission
Interalliée : La figure alliée la plus importante citée dans les
sources est le colonel Cammaerts (nom de code « Roger »), chef
d'une mission interalliée. Cammaerts a participé à la réunion stratégique
du 8 août 1944 pour adopter le plan de libération de Gap, aux côtés du Commandant
Moreaud, le chef direct d'Alfred. Bien que Cammaerts soit une figure
centrale des services britanniques dans la région, le récit suggère
l'existence d'un autre nom spécifiquement écossais associé aux
missions radio d'Alfred.
- La coordination
des parachutages : Ce contact écossais ou britannique était
probablement l'interlocuteur à qui Alfred transmettait ses messages en
morse depuis le château de Ventavon. Ces échanges servaient
notamment à demander des parachutages d'armes et de matériel,
souvent via des opérations comme « Jedburgh » (équipes de trois officiers
alliés parachutés pour encadrer les maquis). Voir: 020|VENTAVON INFO N° 62 VENTAVON INFO N° 62 - Décembre 2024.
En résumé, bien que le nom précis reste «
mystérieux » dans les textes fournis, il désigne un officier de liaison ou un
coordinateur des services secrets britanniques (probablement du SOE)
avec lequel Alfred communiquait clandestinement pour orchestrer la libération
des Hautes-Alpes.
✦
IX. 15 septembre 1944 — L'ordre de mission
La Libération
locale n'interrompt pas l'engagement d'Alfred Giraudy. La France se reconstruit
militairement et administrativement, et les hommes compétents sont plus
nécessaires que jamais.
Le 15 septembre
1944, le Capitaine Brunot, Officier de Garnison à Nice, lui délivre un Ordre de
Mission officiel :
Il
est ordonné à Monsieur Giraudy Alfred de se rendre à Grasse et retour, où il
est appelé pour une affaire de service. Il devra rejoindre la résidence dès sa
mission terminée.
— Ordre de mission, Bureau de Garnison,
Nice, 15 septembre 1944
Et, en
post-scriptum, un détail révélateur :
Le
porteur de cet ordre de mission est autorisé, pour se déplacer, à faire usage
de sa moto (Motosacoche portant n°...).
— Post-scriptum de l'ordre de mission
La moto. Elle
apparaissait déjà dans les photographies militaires de 1939–1940 — ces clichés
de camarades en uniforme posant fièrement devant leurs engins. Elle revient
ici, en septembre 1944. Alfred Giraudy est un homme de mouvement, de liaison,
de déplacement rapide — exactement ce qu'exigent les missions de coordination
entre les structures militaires en cours de réorganisation.
L'utilité de la moto d'Alfred Giraudy pour la Résistance et lors de la réorganisation militaire qui a suivi la Libération résidait principalement dans la mobilité rapide et la capacité de liaison physique qu'elle offrait.
- Missions de liaison et de coordination : Alfred Giraudy est décrit comme un homme de mouvement et de « déplacement rapide ». Sa moto était l'outil idéal pour assurer la coordination entre les structures militaires en cours de réorganisation après la Libération.
- Exécution d'ordres de mission officiels : Un document du 15 septembre 1944 montre qu'il a reçu l'ordre de se rendre de Nice à Grasse (et retour) pour une « affaire de service ». Un post-scriptum sur cet ordre l'autorisait explicitement à utiliser sa propre moto, une Motosacoche, pour effectuer ce déplacement.
- Rapidité d'action : Dans un contexte où les communications pouvaient être difficiles ou interceptées, le transport physique de messages ou d'ordres par un agent motorisé permettait une réactivité cruciale pour l'état-major.
- Compétence technique et physique : Alfred utilisait des motos dès son service militaire en 1939-1940, comme en témoignent plusieurs photographies de l'époque. Il comparait d'ailleurs la conduite de sa moto à l'équitation, soulignant qu'il fallait « bien serrer les cuisses » pour la maîtriser, une compétence qu'il avait acquise durant sa jeunesse.
En résumé, la moto permettait à Alfred Giraudy de prolonger son rôle de « nerf du système » : s'il transmettait l'information par les ondes depuis le château de Ventavon, sa moto lui permettait de la transporter physiquement sur le terrain avec une rapidité essentielle aux opérations militaires.
J’ai conservé des
photos de Fredy sur cette moto, et à cheval.
Figure 9 Mon père est à gauche sur le cheval blanc,
à la droite son frère Arthur.
Alfred appartient
désormais aux deux mondes : celui de la Résistance clandestine qui vient de
triompher, et celui de l'armée régulière qui se reconstitue.
Figure 10 Ordre de mission
Bureau de
Garnison, Nice, 15 septembre 1944
✦
X. 1945 — La reconnaissance
Le 10 mars 1945,
Alfred Giraudy est rappelé à l'activité et rejoint son corps. La guerre n'est
pas encore terminée — elle durera jusqu'en mai en Europe. Il faut tenir,
organiser, reconstruire.
Le 20 août 1945,
il est définitivement démobilisé. La République lui remet un Certificat de
guerre, signé par Jean-Pierre Masseret, Secrétaire d'État à la Défense chargé
des Anciens Combattants :
La
Nation reconnaît les services rendus à la France par Monsieur Giraudy Alfred,
qui a participé à la Guerre 1939-1945.
— Certificat de guerre, République
française — Jean-Pierre Masseret, Secrétaire d'État à la Défense
Cette formule
sobre dit tout et ne dit rien. Elle ne mentionne pas la blessure de juin 1940,
les quatre années d'ombre entre 1940 et 1944, le poste radio clandestin de
Ventavon, les messages transmis dans l'urgence au-dessus de la Durance. Elle ne
dit pas non plus la fatigue, la peur maîtrisée, le sang-froid absolument
nécessaire.
Mais elle dit l'essentiel : il a participé. Il a servi. Il a contribué.
Figure 11 Certificat de guerre République française
Participation à la Guerre 1939-1945
✦
Support logistique et parachutages
Bien que les sources ne détaillent pas chaque opération de Cammaerts, elles précisent que ces missions interalliées (souvent liées au SOE britannique ou à l'OSS américain) étaient responsables de :
• Demandes de parachutages : Coordonner l'envoi d'armes, de munitions et de matériel indispensable aux maquisards pour mener des combats réguliers contre la garnison allemande.
• Communications radio: S'appuyer sur des « pianistes » comme Alfred Giraudy pour maintenir le contact entre les unités au sol et les bases alliées.
Coordination tactique lors de l'assaut final
Le rôle de la mission a été crucial le 20 août 1944 lors de l'attaque de Gap.
• Action conjointe : Cammaerts et sa mission ont facilité la coordination tactique avec les troupes américaines qui progressaient depuis le sud.
• Résultat : Grâce à cette synchronisation entre les maquisards (attaquant par trois axes) et les unités blindées américaines (attaquant par l'ouest), la garnison allemande de 750 hommes a été contrainte à la reddition en seulement deux heures de combats violents.
La mission de Cammaerts a transformé une guérilla locale en une force militaire coordonnée, capable de mener des opérations de grande envergure en parfaite adéquation avec l'avance des armées alliées régulières.
Épilogue — L'après
Alfred Giraudy
reviendra à la vie civile avec la ténacité discrète qui caractérise les hommes
de sa génération. Il fondera des entreprises — Electra, puis Meublex
— travaillera comme ingénieur et administrateur, bâtira une vie ordinaire sur
les décombres d'une époque extraordinaire.
Il épousera, le 8
octobre 1949 à Nice, Méliké Osman — issue de la famille impériale ottomane de
Turquie, infirmière. De cette union naîtra Erol, le 14 décembre 1949. Il mourra
à Nice le 8 avril 1998, à quatre-vingt-trois ans.
Dans ses affaires
soigneusement conservées, ses descendants retrouveront : un certificat radio de
1933, une fiche d'hôpital de juin 1940, un certificat F.F.I. d'août 1944, un
ordre de mission de septembre 1944, un extrait de services militaires, et quelques
photographies en noir et blanc où des jeunes hommes en uniforme posent devant
des motos, dans la lumière incertaine d'une époque entre deux guerres.
J’ai exploré ces
bribes de mémoires de cette terrible guerre, mais je ne trouvais rien de plus.
En 2026, avec l’IA et la numérisation de nombreux documents une porte s’est
ouverte. J’ai enfin mieux compris les motos, le morse, et les anglais (surtout
un nom écossais). Les relations de Fredy avec, notamment plusieurs anciens
résistants s’expliquent. Il m’avait parlé de GAP et de LARAGNE et de certaines
de ses aventures. Il n’y avait pas beaucoup de traces, c’était le propre de ces
personnes discrètes.
Ces papiers jaunis sont une mémoire et une découverte.
Derrière eux, il
y a un homme qui apprit très jeune que les ondes traversaient les frontières,
que le morse était une langue universelle, et que la liberté, parfois, se
transmet en points et en traits silencieusement, depuis les hauteurs d'un
château médiéval au-dessus de la Durance.
✦
Alfred « Fredy » Giraudy, né à Nice le 27
août 1914 — mort à Nice le 8 avril 1998.
Ingénieur. Opérateur radio. Combattant
F.F.I. Père.
✦
Sources et bibliographie
Archives documentaires familiales
–
Certificat
d'Opérateur Radiotélégraphiste et Radiotéléphoniste — Administration des Postes
et Télégraphes, Paris, 6 décembre 1933
–
Fiche
d'hôpital — Hôpital complémentaire Saint-Jean-de-Béthune, Versailles, 8 juin
1940
–
Certificat
de Membre F.F.I. — Forces françaises de l'intérieur, Département des
Hautes-Alpes, signé Commandant Moreaud, 1er août 1944
–
Ordre de
mission — Bureau de Garnison, Nice, signé Capitaine Brunot, 15 septembre 1944
–
Extrait des
services militaires — Bureau Central d'Archives Administratives Militaires
(B.C.A.A.M.), Caserne Bernadotte, Pau, 22 août 1979
–
Certificat
de guerre — République française, signé Jean-Pierre Masseret, Secrétaire d'État
à la Défense chargé des Anciens Combattants
–
Photographies
militaires 1939–1940 et portraits — Collection Pierre Erol Giraudy
–
Arbre
généalogique — Geneanet, arbre en ligne Pierre Erol Giraudy : https://gw.geneanet.org/pierreerol
Ouvrages historiques et sources secondaires
–
Jean Imbert,
Le maquis Morvan dans les Hautes-Alpes (maire de Serres, 1965–1983)
–
Richard
Duchamblo, Brève histoire de la Résistance dans les Hautes-Alpes, 1994
–
Amicale du
maquis des bataillons Morvan, Maquis et bataillon Morvan, 1987
–
J.B. Gache,
Un 11 novembre pas comme les autres, Alpes-Midi
–
Jérôme
Lecourtier, Mémoire du Champsaur
–
Archives de
la Fédération des F.F.I. de la Drôme
–
Archives de
Mémoire des hommes et de Jérôme Cheval
–
Archives
Départementales des Hautes-Alpes
–
Musée de la
Résistance en ligne (www.museedelaresistanceenligne.org)
–
Conférence
Jean-Pierre Pellegrin, 12 mai 2024
–
Recherches
historiques coordonnées par Denis Buffet
–
Champsaur.net
— Étienne Moreaud et la libération de Gap (sources champsaur.net)
–
https://champsaur.net/liberation-de-gap/
–
https://animagap.fr/galerie/spip.php?article185
–
https://www.dailymotion.com/video/x7hdzte
–
https://fr.wikipedia.org/wiki/Commandant_Dumont
Sources américaines
– Fold3 —
World War II Veterans Affairs BIRLS Death File (Arthur Giraudy, 13 Janvier 1943
– 2 Janvier 2009)
–
RTBF — « 15
août 1944 en Provence : le troisième débarquement décisif pour libérer l'Europe
»
– Reclaim
The Records / New Jersey Open Public Records Act (OPRA) — décès Arthur Giraudy,
Paramus, New Jersey
Nouvelles sources IA et web :
La libération de Gap, 20 août 1944
https://museedelaresistanceenligne.org/media8899-La-libration-de-Gap-20-aot-1944
Mise
en page - VI 63 Arthur Colomb résistance page 18 du num. 63.
https://www.ventavon.fr/PDF%202025/Ventavon%20INFO%2063%20-%20juillet%202025.pdf
Mise
en page - VI 62 Maquis Morvan résistance
page 18 – 23 du num. 62.
https://www.ventavon.fr/PDF%202024/Maquette%20VENTAVON%20INFO%2062.pdf
Ventavon commune des Hautes-Alpes - Site officiel
https://www.ventavon.fr/index.php?task=ventavoninfo
Mémoire
du ChampsaurLivre sur la Résistance 39-45 dans le Champsaur - Mémoire du
Champsaur
https://champsaur.net/livre-resistance-39-45-dans-le-champsaur-2/
Mémoire du ChampsaurPaul
Héraud - Mémoire du Champsaur
https://champsaur.net/paul-heraud/
Libération de Gap
https://champsaur.net/liberation-de-gap/
Gap : Paul Héraud (Commandant Dumont), chef FFI des Hautes-Alpes, Compagnon
de la Libération, Mort pour la France
https://animagap.fr/galerie/spip.php?article185
Hommage à la “Louisette” Moreaud de la Résistance
https://www.dailymotion.com/video/x7hdzte
Commandant Dumont
https://fr.wikipedia.org/wiki/Commandant_Dumont




















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