samedi 14 février 2026

Le fil invisible des ondes pendant la guerre.

Alfred « Fredy » Giraudy.

Le fil invisible des ondes.

1914 — 1998.


Figure 1 Alfred « Fredy » Giraudy — Nice, 1939

Ingénieur · Opérateur radio · Combattant F.F.I. · Père


Mon père en haut de son antenne à Nice

Prologue

Il y a, dans certaines existences, un fil qui traverse les décennies sans jamais se rompre — celui d'une passion, d'une compétence, d'un choix fait jeune et qui revient, quand l'heure décisive sonne, prendre toute sa dimension. Pour Alfred Giraudy, dit Fredy, ce fil fut celui des ondes. Des points. Des traits. Du silence entre les signaux.

Né à Nice le 27 août 1914, il grandit dans une ville de lumière méditerranéenne, dans une famille hôtelière qui lui enseigne le sens du service et de la discrétion. Il mourra dans cette même ville le 8 avril 1998, à l'âge de quatre-vingt-trois ans, après avoir traversé la plus grande tempête du siècle. Entre ces deux dates : un parcours discret, courageux, technique — et profondément humain.

Ces pages tentent de reconstituer ce parcours à partir des documents conservés — certificats militaires, fiches d'hôpital, attestations de résistance, ordres de mission — et des photographies qui en révèlent le visage.

I. Nice, 1914 — Un fils de la Méditerranée

La semaine même où naît Alfred, en ce mois d'août 1914, la France entre en guerre. Une coïncidence que nul ne remarque alors, mais que l'histoire retiendra : cet enfant portera, comme toute sa génération, le double poids de deux conflits mondiaux.

Fredy dit F3EG.

Son père, Auguste Alfred Paul Giraudy, est hôtelier — homme pratique, enraciné dans le quotidien niçois à travers de nombreux mandats comme adjoint à la mairie de Nice. Sa mère, Claire Martha Klara Longoni, apporte dans la famille une sensibilité d'Europe centrale. Elle était Suisse. Alfred a deux frères aînés : Arthur, né en 1909, et Auguste, né en 1911. La famille est active, tournée vers les autres, ancrée dans une ville de passage recevant de nombreux touristes.

Son frère Auguste qui était avec lui à Ventavon.


Nice en ces années-là est une ville cosmopolite, de rencontres et de savoir-faire. Les hôtels y accueillent l'aristocratie européenne, les voyageurs du monde entier. Grandir dans cet univers, c'est apprendre très tôt que le monde est vaste, que les langues se croisent, que la communication est une forme d'intelligence.

L'hôtel de mes grand-parents.


Alfred retient la leçon. Mais il va plus loin : il s'intéresse aux ondes qui traversent l'air sans qu'on les voie. Parallèlement il apprend l’allemand et l’anglais.

 

Arthur Giraudy — Le frère américain (1909–2009)

Si Alfred mena sa guerre dans les Hautes-Alpes, son frère aîné Arthur (né le 11 octobre 1909 à Nice) la mena depuis les États-Unis. Ancien élève de l'École Hôtelière de Lausanne et employé de l'Hôtel O'Connor à Nice, Arthur quitte la France en 1938 pour s'établir aux États-Unis. Engagé le 13 janvier 1943, il est naturalisé américain et incorporé dans l'armée des États-Unis (matricule U.S. Army).

Gens pratiques, les Américains reconnaissent ses compétences hôtelières : il est nommé sergent de mess et affecté au service d'un état-major. Il débarque en Afrique du Nord, puis en Italie. Le 15 août 1944, alors que son frère Alfred s'engage dans les F.F.I. des Hautes-Alpes, Arthur Giraudy participe lui aussi, en uniforme américain, au débarquement de Provence — baptisé « Opération Dragoon ». Les deux frères Giraudy combattent ainsi simultanément pour la libération de la France, l'un depuis les maquis alpins, l'autre depuis les plages de la Côte des Maures.

Arthur épousera Carol Miller en 1947 à Montclair (New Jersey) et terminera sa vie dans le New Jersey, à Paramus. Il s'éteint le 2 janvier 2009 à l'âge de 99 ans. Deux vies parallèles, deux uniformes différents, une seule cause.

 


Figure 2 Arthur Giraudy en uniforme américain — Studio Marco, Nice

II. 1933 — L'apprenti radio

Il a dix-neuf ans lorsqu'il se présente aux épreuves de l'Administration des Postes et Télégraphes de la République française. Il réside alors à l'Hôtel O'Connor, rue du Congrès à Nice.

Le 6 décembre 1933, le Directeur du Service de la Radiodiffusion lui remet, à Paris, un Certificat d'Opérateur Radiotélégraphiste et Radiotéléphoniste. Ce document, austère dans sa forme administrative, est en réalité une déclaration d'aptitude rare pour un homme de son âge.

Alfred Giraudy a subi avec succès les épreuves prévues pour la manœuvre d'un poste privé radio émetteur de 5e catégorie.

— Certificat d'opérateur, Administration des Postes et Télégraphes, Paris, 6 décembre 1933

Alfred Giraudy sait transmettre et recevoir les signaux Morse. Il maîtrise la radiotéléphonie. Il connaît la manœuvre et le réglage des appareils. En 1933, peu de jeunes gens de dix-neuf ans détiennent ce savoir. La radio est encore une technologie nouvelle, presque mystérieuse. Ce certificat de 5e catégorie n'est pas seulement une qualification : il est la marque d'un tempérament.

Figure 3 Certificat d'Opérateur Radiotélégraphiste et Radiotéléphoniste 

Paris, 6 décembre 1933

III. 1938 — L'ingénieur de l'École Breguet

Cinq ans après son certificat radio, Alfred obtient son diplôme d'ingénieur de l'École Breguet, à Paris. Promotion 1938. Numéro de carte : 1756.

L'École Breguet — du nom du grand constructeur aéronautique — forme des ingénieurs techniciens rigoureux, ancrés dans la pratique autant que dans la théorie. Alfred Giraudy s'inscrit dans cette lignée de techniciens polyvalents.

En 1938, pourtant, l'Europe vacille. Munich. L'Anschluss. Les capitales sentent venir la tempête que les discours officiels tentent encore de conjurer. Le jeune ingénieur niçois, formé dans la capitale, sait que son diplôme ne lui suffira peut-être pas à tenir l'orage à distance. Il rentre à Nice. Il attend.

IV. 1939 — L'uniforme

La mobilisation générale. Alfred Giraudy avait été exempté du service militaire en 1935. Mais le 21 novembre 1939, la commission de réforme de Paris le reclasse : apte au service armé.

Le 1er décembre 1939, il rejoint son unité — le 8e régiment du Génie. Ses services comptent officiellement à partir du 15 novembre. Il est désormais soldat, ingénieur en uniforme, homme parmi des hommes qui attendent.

Les photographies de cette période témoignent : jeunes hommes en tenue militaire posant devant des motos, des camions, des bâtiments de garnison. Le regard est grave mais complice. La fraternité des armes naît vite, dans l'attente, dans les chambrées, dans les exercices répétés.

Il est nommé brigadier le 16 avril 1940. Le titre est modeste. Le moment, lui, est historique : la France entre dans la phase décisive de la bataille perdue.


Figure 4 Extrait des services militaires 

Bureau Central d'Archives Administratives Militaires, Pau, 1979

V. 8 juin 1940 — La blessure

Les armées allemandes ont percé les lignes alliées depuis le 10 mai. En quelques semaines, la campagne de France s'est transformée en déroute. Les unités françaises se replient en désordre. Le 8e régiment du Génie est engagé dans cette retraite chaotique.

Le 8 juin 1940, Alfred Giraudy est blessé.

La fiche de l'Hôpital complémentaire Saint-Jean-de-Béthune, à Versailles, est sobre, clinique, précise :

Plaie pénétrante par éclat d'obus — jambe gauche, tiers supérieur, face externe. Opéré à Pontoise.

— Fiche d'hôpital, Hôpital complémentaire Saint-Jean-de-Béthune, Versailles, 8 juin 1940

Il a été opéré à Pontoise, dans l'urgence, avant d'être transféré à Versailles. La radiographie ne révèle ni éclat d'obus résiduel ni lésion osseuse — une chance immense. Le chirurgien procède à un débridement soigneux de la plaie.

Il survivra. Dans ce lit d'hôpital numéro deux, salle numéro un, Alfred Giraudy est l'image exacte de la France de juin 1940 : blessée, mais vivante. Meurtrie, mais pas brisée. Le 22 juin, l'armistice est signé. Le 23 juillet, il est démobilisé.

Il rentre à Nice.

Figure 5 Fiche d'hôpital — Hôpital complémentaire Saint-Jean-de-Béthune, 

Versailles — 8 juin 1940

 

VI. Les années de l'ombre (1940–1944)

Quatre ans. Quatre années dont les archives gardent peu de traces directes pour Alfred Giraudy.

Il m’avait indiqué avoir eu des activités à la TSF d’Antibes, puis à l’hôtel de ses parents.

Nice, après l'armistice, entre dans une zone particulière : d'abord sous autorité italienne — l'Italie étant alliée de l'Allemagne — puis, après la capitulation italienne de septembre 1943, sous occupation allemande directe. La Riviera, ville des plaisirs et des palaces, devient un territoire de surveillance, de délations et de passages clandestins vers la Suisse ou l'Espagne.

Alfred travaille. Sans doute comme ingénieur, dans un contexte économique contraint. Les documents ne parlent pas de cette période intermédiaire. Ce silence est peut-être lui-même un témoignage. Dans la France occupée, ne pas laisser de traces était une forme de sagesse — et parfois de survie.

Ce qui est certain : Alfred Giraudy n'oublie pas. Son certificat radio de 1933 dort dans un tiroir, mais le morse, une fois appris, ne s'oublie pas. Les points et les traits habitent la mémoire comme une seconde langue maternelle.

VII. 1er août 1944 — L'engagement dans les montagnes

L'été 1944 change tout. Le 6 juin, les Alliés débarquent en Normandie. Le 15 août, l'Opération Dragoon ouvre un second front : les troupes alliées débarquent en Provence, entre Toulon et Cannes. Les forces allemandes stationnées dans le Sud-Est amorcent leur repli vers le nord et vers l'Italie.

Dans ce mouvement général, les Forces françaises de l'intérieur des Hautes-Alpes intensifient leurs opérations. Le département montagneux, que traverse la vallée de la Durance — artère vitale reliant la Provence aux Alpes — devient un axe stratégique majeur.

Alfred Giraudy se trouve dans les Hautes-Alpes le 1er août 1944. Le Certificat de Membre F.F.I., délivré par la Commission départementale siégeant à Gap et signé par le Commandant Moreaud, chef départemental des F.F.I., atteste sans ambiguïté :

Monsieur Giraudy Alfred a servi volontairement du 1er Août 1944, avec honneur dans les Forces françaises de l'intérieur, en qualité de Combattant.

— Certificat de Membre F.F.I., Commission départementale des Hautes-Alpes, Gap — signé Commandant Moreaud

La mention « Combattant » est précise. Elle distingue la participation active des simples soutiens logistiques ou civils. Alfred Giraudy est sur le terrain, dans les opérations.

Et son arme, c'est le morse.


Figure 6 Certificat de Membre F.F.I. 

Forces Françaises de l'Intérieur, Département des Hautes-Alpes 1er Août 1944

 

L'Opération Dragoon — Le second débarquement (15 août 1944)

Dans la nuit du 14 au 15 août 1944, les forces alliées débarquent sur la Côte des Maures, en Méditerranée. L'opération Dragoon — initialement baptisée « Anvil » (enclume) pour sa complémentarité avec le débarquement de Normandie (le « marteau ») — mobilise environ 450 000 soldats américains, français, canadiens et britanniques.

Le 15 août, parachutistes anglais et américains atterrissent près de Draguignan. Le lendemain, les forces françaises du général de Lattre de Tassigny débarquent à leur tour avec pour mission de libérer Toulon et Marseille. Il s'agit du troisième débarquement allié sur sol européen, après la Sicile (été 1943) et la Normandie (6 juin 1944).

L'impact stratégique est immédiat : les forces allemandes du Groupe d'armées G (commandées par le général Blaskowitz) doivent organiser un repli d'urgence vers le nord. Elles empruntent les axes de la vallée du Rhône, mais aussi ceux des Alpes, dont la vallée de la Durance. Ces colonnes en retraite traversent les Hautes-Alpes sous les coups répétés des F.F.I. locaux. C'est dans ce contexte que l'engagement d'Alfred Giraudy prend toute sa dimension opérationnelle.

Bilan de l'opération Dragoon : la Provence est libérée en moins de deux semaines. Toulon tombe le 26 août, Marseille le 28 août 1944 — avec trois semaines d'avance sur le calendrier allié.

 


Figure 7 La libération de Gap   Août 1944

VIII. Le château de Ventavon — La guerre des ondes

Au-dessus de la vallée de la Durance, entre Sisteron et Gap, se dresse le château de Ventavon — silhouette médiévale dominant les routes stratégiques que les colonnes allemandes empruntent pour leur repli vers le nord.

Ce site offre des avantages précieux pour un opérateur radio clandestin : l'altitude favorise la propagation des ondes ; l'isolement relatif limite les risques de détection ; les chemins secondaires permettent un accès discret ; la vue sur la vallée autorise l'observation directe des mouvements ennemis.

On peut imaginer Alfred Giraudy — ingénieur de formation, opérateur qualifié depuis 1933 — penché sur son manipulateur Morse dans l'une des pièces du château ou de ses dépendances. Casque sur les oreilles. Doigts sur la clé. Concentration absolue. Quand j’étais enfant il continuait à pratiquer le morse, ce son familier a bercé ma jeunesse (ti-ti-ti ta).

Le morse, fait de points et de traits, devient alors une arme silencieuse. Un message bref peut sauver une embuscade. Une erreur peut provoquer une arrestation.


Figure 8 Le château de Ventavon dominant la vallée de la Durance

 

Les opérateurs radio dans la Résistance française — Un rôle stratégique vital

Dans les réseaux de la Résistance intérieure comme dans les réseaux de renseignement liés au Special Operations Executive (SOE) britannique ou à l'Office of Strategic Services (OSS) américain, les opérateurs radio — surnommés « les pianistes » — occupaient un rôle sans équivalent. Ils étaient le nerf du système.

Leur maîtrise du morse leur permettait de transmettre et de recevoir des messages codés à des vitesses qui défiaient tout interlocuteur non entraîné. Un opérateur expérimenté atteignait 20 à 25 mots-minute, soit environ 100 à 125 caractères-minute. Mais cette rapidité était une nécessité absolue, non un exploit : les équipes de radiogoniométrie allemandes (Funkabwehr) étaient capables de trianguler la source d'une émission en 20 à 30 minutes. L'opérateur devait transmettre, démonter son matériel et quitter les lieux avant la fermeture du filet.

Les messages transmis concernaient : la localisation des unités ennemies, les demandes de parachutages d'armes et de matériel (opérations comme « Jedburgh » ou liaisons avec l'armée de l'air alliée), la coordination entre groupes F.F.I. dispersés dans des territoires montagneux, et les liaisons avec les unités alliées progressant depuis le sud.

La station radio de Ventavon s'inscrivait dans ce réseau de communications clandestines qui couvrait l'ensemble du secteur R2 (Marseille – Hautes-Alpes). Chaque émission était un risque calculé. Le silence radio était parfois aussi précieux que le message lui-même.

Les « pianistes » payèrent un lourd tribut : une proportion significative fut arrêtée, déportée ou exécutée. Ceux qui survécurent ne parlaient guère de leurs exploits — Alfred Giraudy n'y fit jamais exception.

 

Le signataire de sa carte de FFI de Fredy, j’e l’ai enfin trouvé sur des archives à propos de GAP et de ses valeureux résistants.

 

Le Commandant Moreaud (Commandant Dumas) — Chef des F.F.I. des Hautes-Alpes

Étienne Moreaud (1913–1987) est la figure centrale de la Résistance haut-alpine. Intégré aux réseaux F.F.I. du secteur R2 (Hautes-Alpes – Marseille), il est le collaborateur proche de Paul Héraud (Commandant Dumont), figure tutélaire de la Résistance locale.

Le 8 août 1944, il participe à la réunion stratégique secrète entre La Bâtie-Neuve et La Rochette, aux côtés du colonel Cammaerts (mission interalliée), du commandant Dufour (F.T.P.) et d'Edmond Pascal (Comité Départemental de Libération). Le plan de libération de Gap y est adopté.

Le 9 août, Paul Héraud est abattu près du Logis-Neuf de Tallard. Avant de partir, il confie à Mme Moreaud :

« Dites à Étienne de maintenir tout le plan quoi qu'il arrive. »

Moreaud devient alors chef départemental des F.F.I. des Hautes-Alpes. C'est lui qui signe le certificat d'Alfred Giraudy. Entre le 17 et le 20 août, il orchestre l'encerclement de Gap (garnison allemande de 750 hommes), pose un ultimatum, fait sauter les ponts pour empêcher les renforts ennemis venant de Briançon, et coordonne l'assaut final avec les unités américaines.

Le 20 août 1944 à 19h, les Allemands se rendent : 750 prisonniers dont 40 officiers. Le maire Pierre Bernard-Reymond résumera :

« La libération fut préparée par le Commandant Dumont et exécutée par le Commandant Moreaud. »

 

Alfred Giraudy a été l'un des maillons invisibles mais indispensables qui ont permis au Commandant Moreaud d'exécuter avec succès le plan de libération de Gap, en transformant les informations techniques en actions militaires concrètes.


Le rôle de la mission interalliée, dirigée par le colonel Cammaerts (nom de code « Roger »), était d'assurer la coordination stratégique et militaire entre la Résistance intérieure française (notamment les F.F.I. des Hautes-Alpes) et le commandement suprême des forces alliées.

Le mystérieux Écossais n'est pas explicitement nommé par son patronyme dans les extraits fournis, mais les sources révèlent des éléments clés sur son identité et son lien avec les missions d'Alfred Giraudy :

  • Une découverte récente : C'est le fils d'Alfred, Pierre Erol Giraudy, qui mentionne avoir découvert ce « nom écossais » tardivement (en 2026), grâce à l'IA et à la numérisation de documents historiques. Ce nom est lié aux contacts qu'Alfred entretenait avec les « Anglais » (les services secrets britanniques).
  • Le lien avec le SOE : Les sources précisent que les opérateurs radio comme Alfred, surnommés les « pianistes », étaient le nerf du système pour les réseaux de renseignement liés au Special Operations Executive (SOE) britannique. Ces réseaux utilisaient des agents alliés pour coordonner les actions de la Résistance. Voir VENTAVONINFO N°63 -  Juillet 2025 -  Juillet 2025 | 27.
  • La Mission Interalliée : La figure alliée la plus importante citée dans les sources est le colonel Cammaerts (nom de code « Roger »), chef d'une mission interalliée. Cammaerts a participé à la réunion stratégique du 8 août 1944 pour adopter le plan de libération de Gap, aux côtés du Commandant Moreaud, le chef direct d'Alfred. Bien que Cammaerts soit une figure centrale des services britanniques dans la région, le récit suggère l'existence d'un autre nom spécifiquement écossais associé aux missions radio d'Alfred.
  • La coordination des parachutages : Ce contact écossais ou britannique était probablement l'interlocuteur à qui Alfred transmettait ses messages en morse depuis le château de Ventavon. Ces échanges servaient notamment à demander des parachutages d'armes et de matériel, souvent via des opérations comme « Jedburgh » (équipes de trois officiers alliés parachutés pour encadrer les maquis). Voir: 020|VENTAVONINFO N°62 VENTAVONINFO N°62 - Décembre 2024.

En résumé, bien que le nom précis reste « mystérieux » dans les textes fournis, il désigne un officier de liaison ou un coordinateur des services secrets britanniques (probablement du SOE) avec lequel Alfred communiquait clandestinement pour orchestrer la libération des Hautes-Alpes.

IX. 15 septembre 1944 — L'ordre de mission

La Libération locale n'interrompt pas l'engagement d'Alfred Giraudy. La France se reconstruit militairement et administrativement, et les hommes compétents sont plus nécessaires que jamais.

Le 15 septembre 1944, le Capitaine Brunot, Officier de Garnison à Nice, lui délivre un Ordre de Mission officiel :

Il est ordonné à Monsieur Giraudy Alfred de se rendre à Grasse et retour, où il est appelé pour une affaire de service. Il devra rejoindre la résidence dès sa mission terminée.

— Ordre de mission, Bureau de Garnison, Nice, 15 septembre 1944

Et, en post-scriptum, un détail révélateur :

Le porteur de cet ordre de mission est autorisé, pour se déplacer, à faire usage de sa moto (Motosacoche portant n°...).

— Post-scriptum de l'ordre de mission

La moto. Elle apparaissait déjà dans les photographies militaires de 1939–1940 — ces clichés de camarades en uniforme posant fièrement devant leurs engins. Elle revient ici, en septembre 1944. Alfred Giraudy est un homme de mouvement, de liaison, de déplacement rapide — exactement ce qu'exigent les missions de coordination entre les structures militaires en cours de réorganisation.

L'utilité de la moto d'Alfred Giraudy pour la Résistance et lors de la réorganisation militaire qui a suivi la Libération résidait principalement dans la mobilité rapide et la capacité de liaison physique qu'elle offrait.

  • Missions de liaison et de coordination : Alfred Giraudy est décrit comme un homme de mouvement et de « déplacement rapide ». Sa moto était l'outil idéal pour assurer la coordination entre les structures militaires en cours de réorganisation après la Libération.
  • Exécution d'ordres de mission officiels : Un document du 15 septembre 1944 montre qu'il a reçu l'ordre de se rendre de Nice à Grasse (et retour) pour une « affaire de service ». Un post-scriptum sur cet ordre l'autorisait explicitement à utiliser sa propre moto, une Motosacoche, pour effectuer ce déplacement.
  • Rapidité d'action : Dans un contexte où les communications pouvaient être difficiles ou interceptées, le transport physique de messages ou d'ordres par un agent motorisé permettait une réactivité cruciale pour l'état-major.
  • Compétence technique et physique : Alfred utilisait des motos dès son service militaire en 1939-1940, comme en témoignent plusieurs photographies de l'époque. Il comparait d'ailleurs la conduite de sa moto à l'équitation, soulignant qu'il fallait « bien serrer les cuisses » pour la maîtriser, une compétence qu'il avait acquise durant sa jeunesse.

En résumé, la moto permettait à Alfred Giraudy de prolonger son rôle de « nerf du système » : s'il transmettait l'information par les ondes depuis le château de Ventavon, sa moto lui permettait de la transporter physiquement sur le terrain avec une rapidité essentielle aux opérations militaires.

J’ai conservé des photos de Fredy sur cette moto, et à cheval.


Figure 9 Mon père est à gauche sur le cheval blanc, 

à la droite son frère Arthur.

Alfred appartient désormais aux deux mondes : celui de la Résistance clandestine qui vient de triompher, et celui de l'armée régulière qui se reconstitue.


Figure 10 Ordre de mission 

Bureau de Garnison, Nice, 15 septembre 1944

X. 1945 — La reconnaissance

Le 10 mars 1945, Alfred Giraudy est rappelé à l'activité et rejoint son corps. La guerre n'est pas encore terminée — elle durera jusqu'en mai en Europe. Il faut tenir, organiser, reconstruire.

Le 20 août 1945, il est définitivement démobilisé. La République lui remet un Certificat de guerre, signé par Jean-Pierre Masseret, Secrétaire d'État à la Défense chargé des Anciens Combattants :

La Nation reconnaît les services rendus à la France par Monsieur Giraudy Alfred, qui a participé à la Guerre 1939-1945.

— Certificat de guerre, République française — Jean-Pierre Masseret, Secrétaire d'État à la Défense

Cette formule sobre dit tout et ne dit rien. Elle ne mentionne pas la blessure de juin 1940, les quatre années d'ombre entre 1940 et 1944, le poste radio clandestin de Ventavon, les messages transmis dans l'urgence au-dessus de la Durance. Elle ne dit pas non plus la fatigue, la peur maîtrisée, le sang-froid absolument nécessaire.

 

Mais elle dit l'essentiel : il a participé. Il a servi. Il a contribué.


Figure 11 Certificat de guerre République française 

Participation à la Guerre 1939-1945

Support logistique et parachutages

Bien que les sources ne détaillent pas chaque opération de Cammaerts, elles précisent que ces missions interalliées (souvent liées au SOE britannique ou à l'OSS américain) étaient responsables de :

• Demandes de parachutages : Coordonner l'envoi d'armes, de munitions et de matériel indispensable aux maquisards pour mener des combats réguliers contre la garnison allemande.

• Communications radio: S'appuyer sur des « pianistes » comme Alfred Giraudy pour maintenir le contact entre les unités au sol et les bases alliées.

Coordination tactique lors de l'assaut final

Le rôle de la mission a été crucial le 20 août 1944 lors de l'attaque de Gap.

• Action conjointe : Cammaerts et sa mission ont facilité la coordination tactique avec les troupes américaines qui progressaient depuis le sud.

• Résultat : Grâce à cette synchronisation entre les maquisards (attaquant par trois axes) et les unités blindées américaines (attaquant par l'ouest), la garnison allemande de 750 hommes a été contrainte à la reddition en seulement deux heures de combats violents.

La mission de Cammaerts a transformé une guérilla locale en une force militaire coordonnée, capable de mener des opérations de grande envergure en parfaite adéquation avec l'avance des armées alliées régulières.


Épilogue — L'après

Alfred Giraudy reviendra à la vie civile avec la ténacité discrète qui caractérise les hommes de sa génération. Il fondera des entreprises — Electra, puis Meublex — travaillera comme ingénieur et administrateur, bâtira une vie ordinaire sur les décombres d'une époque extraordinaire.

Il épousera, le 8 octobre 1949 à Nice, Méliké Osman — issue de la famille impériale ottomane de Turquie, infirmière. De cette union naîtra Erol, le 14 décembre 1949. Il mourra à Nice le 8 avril 1998, à quatre-vingt-trois ans.

Dans ses affaires soigneusement conservées, ses descendants retrouveront : un certificat radio de 1933, une fiche d'hôpital de juin 1940, un certificat F.F.I. d'août 1944, un ordre de mission de septembre 1944, un extrait de services militaires, et quelques photographies en noir et blanc où des jeunes hommes en uniforme posent devant des motos, dans la lumière incertaine d'une époque entre deux guerres.

J’ai exploré ces bribes de mémoires de cette terrible guerre, mais je ne trouvais rien de plus. En 2026, avec l’IA et la numérisation de nombreux documents une porte s’est ouverte. J’ai enfin mieux compris les motos, le morse, et les anglais (surtout un nom écossais). Les relations de Fredy avec, notamment plusieurs anciens résistants s’expliquent. Il m’avait parlé de GAP et de LARAGNE et de certaines de ses aventures. Il n’y avait pas beaucoup de traces, c’était le propre de ces personnes discrètes.


Ces papiers jaunis sont une mémoire et une découverte.

Derrière eux, il y a un homme qui apprit très jeune que les ondes traversaient les frontières, que le morse était une langue universelle, et que la liberté, parfois, se transmet en points et en traits  silencieusement, depuis les hauteurs d'un château médiéval au-dessus de la Durance.

Alfred « Fredy » Giraudy, né à Nice le 27 août 1914 — mort à Nice le 8 avril 1998.

Ingénieur. Opérateur radio. Combattant F.F.I. Père.

Merci à l'IA NotebookLM

Merci à l'IA NotebookLM

Sources et bibliographie

Archives documentaires familiales

      Certificat d'Opérateur Radiotélégraphiste et Radiotéléphoniste — Administration des Postes et Télégraphes, Paris, 6 décembre 1933

      Fiche d'hôpital — Hôpital complémentaire Saint-Jean-de-Béthune, Versailles, 8 juin 1940

      Certificat de Membre F.F.I. — Forces françaises de l'intérieur, Département des Hautes-Alpes, signé Commandant Moreaud, 1er août 1944

      Ordre de mission — Bureau de Garnison, Nice, signé Capitaine Brunot, 15 septembre 1944

      Extrait des services militaires — Bureau Central d'Archives Administratives Militaires (B.C.A.A.M.), Caserne Bernadotte, Pau, 22 août 1979

      Certificat de guerre — République française, signé Jean-Pierre Masseret, Secrétaire d'État à la Défense chargé des Anciens Combattants

      Photographies militaires 1939–1940 et portraits — Collection Pierre Erol Giraudy

      Arbre généalogique — Geneanet, arbre en ligne Pierre Erol Giraudy : https://gw.geneanet.org/pierreerol

 

Ouvrages historiques et sources secondaires

      Jean Imbert, Le maquis Morvan dans les Hautes-Alpes (maire de Serres, 1965–1983)

      Richard Duchamblo, Brève histoire de la Résistance dans les Hautes-Alpes, 1994

      Amicale du maquis des bataillons Morvan, Maquis et bataillon Morvan, 1987

      J.B. Gache, Un 11 novembre pas comme les autres, Alpes-Midi

      Jérôme Lecourtier, Mémoire du Champsaur

      Archives de la Fédération des F.F.I. de la Drôme

      Archives de Mémoire des hommes et de Jérôme Cheval

      Archives Départementales des Hautes-Alpes

      Musée de la Résistance en ligne (www.museedelaresistanceenligne.org)

      Conférence Jean-Pierre Pellegrin, 12 mai 2024

      Recherches historiques coordonnées par Denis Buffet

      Champsaur.net — Étienne Moreaud et la libération de Gap (sources champsaur.net)

      https://champsaur.net/liberation-de-gap/

      https://animagap.fr/galerie/spip.php?article185

      https://www.dailymotion.com/video/x7hdzte

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Commandant_Dumont

 

Sources américaines

      Fold3 — World War II Veterans Affairs BIRLS Death File (Arthur Giraudy, 13 Janvier 1943 – 2 Janvier 2009)

      RTBF — « 15 août 1944 en Provence : le troisième débarquement décisif pour libérer l'Europe »

      Reclaim The Records / New Jersey Open Public Records Act (OPRA) — décès Arthur Giraudy, Paramus, New Jersey

 

Nouvelles sources IA et web : 

 

La libération de Gap, 20 août 1944

https://museedelaresistanceenligne.org/media8899-La-libration-de-Gap-20-aot-1944

Mise en page - VI 63 Arthur Colomb résistance page 18 du num. 63.

https://www.ventavon.fr/PDF%202025/Ventavon%20INFO%2063%20-%20juillet%202025.pdf

Mise en page - VI 62  Maquis Morvan résistance page 18 – 23 du num. 62.

https://www.ventavon.fr/PDF%202024/Maquette%20VENTAVON%20INFO%2062.pdf

Ventavon commune des Hautes-Alpes - Site officiel

https://www.ventavon.fr/index.php?task=ventavoninfo

Mémoire du ChampsaurLivre sur la Résistance 39-45 dans le Champsaur - Mémoire du Champsaur   

https://champsaur.net/livre-resistance-39-45-dans-le-champsaur-2/

Mémoire du ChampsaurPaul Héraud - Mémoire du Champsaur

https://champsaur.net/paul-heraud/

Libération de Gap

https://champsaur.net/liberation-de-gap/

Gap : Paul Héraud (Commandant Dumont), chef FFI des Hautes-Alpes, Compagnon de la Libération, Mort pour la France

https://animagap.fr/galerie/spip.php?article185

Hommage à la “Louisette” Moreaud de la Résistance

https://www.dailymotion.com/video/x7hdzte

Commandant Dumont

https://fr.wikipedia.org/wiki/Commandant_Dumont

 

Une valise de communications.

Fredy dit F3EG.




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Erol GIRAUDY 



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